Souvenirs des montagnes fraîches 3

 

Oui, l’été 2007 nous a vus de retour à Yangjuan羊圈 . Depuis l’inauguration de l’école

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(septembre 2000) pour la septième année des volontaires de Chengdu (Sichuan), de Taiwan, de France et des Etats-Unis se retrouvaient dans le village. Les mois qui ont précédé le départ ont été quelque peu agités en raison des changements dans la préparation des projets. Mais finalement tout s’est très bien passé.

 

 

 

Depuis que nous avons entrepris à Yangjuan des projets de développement local nous avons eu le soutien de «Hydraulique sans frontières». Grâce à eux nous avons pu creuser un puits communal en 2004.

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En 2005 nous avons capté l’eau d’un ruisseau en amont du village pour alimenter une vingtaine de maisons en contrebas. Patrick, l’ingénieur de ces deux projets n’était pas disponible en juillet dernier. C’est pour cette raison que nous avons commencé à chercher un volontaire aborigène de Taiwan pour diriger le travail. Et la suite nous prouva que c’était le bon choix. Wumah, de son nom Atayal, a dirigé avec les habitants de la « 6ème brigade » le captage d’une source qui procure de l’eau à une trentaine de feux en contrebas.

Ce projet m’a donné beaucoup de soucis. Depuis la source jusqu’au réservoir à bâtir en-dessus du village il me semblait qu’on ne pourrait pas enterrer le tuyau sur la plus grande partie de sa longueur. Or c’était souhaitable car il gèle la nuit en hiver. En théorie cette impossibilité exigeait l’emploi de matériaux plus onéreux pour une conduite aérienne. On ne trouvait pas le matériel idéal à Xichang西昌

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et si on l’avait trouvé, sa pose aurait nécessité l’emploi de l’électricité : autre problème ! Finalement nous avons dû nous contenter du matériel disponible au plus près de Yangjuan, à Yanyuan鹽源. L’expérience de Wumah s’est révélée précieuse car il a tout de suite compris la nature du terrain et en une matinée de travail la source était déjà captée.

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Ce n’était qu’un début car il fallu enterrer un kilomètre et demi de tuyau ou le suspendre le long de la falaise surplombant les maisons sur les dernières longueurs avant le réservoir. La construction du réservoir a encore pris deux ou trois jours. Les derniers temps du séjour furent occupés à tirer les tuyaux du réservoir jusqu’aux maisons et à installer les robinets. Pour célébrer la fin du chantier nous nous sommes tous retrouvés à l’invitation des habitants qui avaient participé aux travaux pour une soirée « cochon et bière ».

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Tué et cuit sous nos yeux, il ne convenait pas que le pauvre animal fût accompagné même de l’eau la plus pure des montagnes.

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Wumah a donné tous les conseil utiles à la maintenance du réseau et avant notre départ les habitants avaient choisi un responsable de l’entretien.

 

 

 

 

Notre deuxième projet était la construction deux serres pour la culture de légumes. Pour sa réalisation nous avons bénéficié de l’aide du département d’Agriculture de l’Université Scientifique de Pingdong. Son Président a été très diligent pour nous présenter un professeur qui nous as proposé deux étudiants tout à fait capables de diriger la construction et de donner aux gens les conseils appropriés.

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Aptes à délivrer les conseils techniques nécessaires, ils se sont aussi adaptés sans difficulté aux conditions du milieu et ont parfaitement communiqué avec les gens.

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Les « projets hydrauliques » ont germé lors de nos premiers séjours à Yangjuan. Deux infirmières à la suite d’une enquête sanitaire se sont rendu compte rapidement que la qualité de l’eau devait être améliorée. Presque toute l’eau consommée provient de la rivière souillée inévitablement par les excréments des animaux (chevaux, moutons et chèvres, cochons, etc.).

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Bien sûr les gens disent que dans leur village il n’y a pas de maladie induite par l’eau. Et c’est d’une certaine manière vrai vu ce qu’est la situation dans d’autres endroits de Liangshan (les « Montagnes Fraîches »). De toute façon pour améliorer l’hygiène, rendre l’eau accessible et potable est indispensable. Le puits creusé pendant l’été 2004 a certainement facilité la vie des gens. L’été dernier encore on me disait que les gens aimaient bien aller se servir à ce puits d’eau potable. Ce projet n’a pas été une réussite parfaite. En automne et en hiver le puits est à sec ! Pourtant le projet a donné le bon exemple car par la suite au moins deux familles ont creusé des puits dans la cour de leur maison.

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Nous savons maintenant que l’été n’est pas la période idéale pour creuser un puits. C’est la saison des pluies, la nappe phréatique est haute et baisse ensuite jusqu’au mois de mars. Une initiative timide des habitants de la « 3ème brigade » (le hameau dit de « Bianshui »), l’année suivante nous a conduits à changer notre fusil d’épaule. Nous étions partis pour creuser un autre puits communal. Ils nous proposèrent de construire en échange un bassin à l’endroit où le ruisseau qui les alimente traverse le chemin. Cette solution allégeait en quelque sorte leur corvée d’eau mais n’en améliorait pas du tout la qualité. Nous avons remonté avec eux le ruisseau et isntallé le réservoir bien en amont. Ainsi captée et stockée, l’eau du ruisseau s’écoule dans un tuyau enterré jusqu’aux maisons. Ce mini réseau de distribution était en fait très simple et réalisé avec des matériaux bon marché. J’ai été très surpris l’année suivante de voir que le réseau avait été bien entretenu et même légèrement amélioré. En fait ce qui s’est passé en 2004 à Bianshui a été très encourageant et a manifesté le désir des gens de prendre une part plus active dans l’amélioration de leurs conditions de vie.

 

 

Rien d’étonnant alors que tout à la fin de notre séjour en 2005 les habitants de la 6ème

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soient venus me trouver pour voir si on pourrait faire la même chose pour eux. Je suis allé voir la source qu’ils pensaient capter. Mais comme le technicien de « Hydaulique sans Frontières », Patrick était déjà parti, je ne pouvais pas me prononcer sur la faisabilité du projet. L’été 2006 à été un été de jachère pour les projets hydrauliques. Patrick qui était pressenti pour revenir aider étant donné sa connaissance du terrain, était retenu alors pour un autre projet à Haïti. Je suis quand même retourné à la source pour imprimer dans mon esprit une image plus précise du site.

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En Mars, à l’occasion d’un court séjour à Nankin, je suis retourné à Yangjuan. Je n’avais pas beaucoup de temps – l’aller retour-depuis Chengdu fut un veritable marathon – avec des obstacles. Mon but était de tester la volonté des villageois sur ce projet : je savais que nous aurions besoin de beaucoup de main d’oeuvre or l’été ils sont très occupés dans les champs.

 

 

 

La réalisation de l’été 2007 a été un succès d’abord en raison de l’excellente participation des bénéficiares de ce travail. Tout a commencé avec une réunion dans un des bureaux de l’école.

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Le chef du village était là, et mon vieil ami le secrétaire du Parti également (un des bénéficiaires du projet d’adduction d’eau de 2005). Bien sûr le directeur de l’école, autre notable incontournable, assistait à la réunion. C’est d’ailleurs parce qu’il y a cette école dans laquelle nous logeons que ces projets sont possibles. L’ « élection » par les villageois d’un responsable de la maintenance a été aussi le signe que nous ne sommes pas attendus pour réparer les fuites éventuelles.

 

 

Est ce qu’on a davantage le souci de la qualité de l’eau à Yangjuan mainenant ? En juillet dernier j’ai reçu deux demandes. L’une venait des villageois de la 5ème brigade située en dessous de l’école, pas si éloignée de la rivière. Ils demandaient aussi à creuser un puits communal. L’autre émanait du directeur de l’école. En hiver le fond du puits qui alimente l’école est rempli d’un dépôt boueux et blanchâtre. Pendant cette période des basses eaux, le tuyau de la pompe qui monte l’eau dans la citerne est directement placé dans le lit de la rivière. A mon avis ce puits a certainement besoin d’étre curé et éventuellement creusé plus profond de quelques mètres. Mais mon avis n’est pas celui d’un spécialiste.

 

 

 

Il est plus difficile de faire une évaluation du deuxième projet, celui de la construction des deux serres. En trois semaines nous avons eu juste le temps de voir germer quelques semis ! Il n’a pas été possible de trouver pour ces deux structures un terrain communal. Le « propriètaire » du terrain qui accuille ces deux structures s’est très bien entendu avec les deux étudiants taiwanais ce qui laisse présager de développements fructueux. J’ai pu savoir au début du mois d’octobre que tout se passait bien. Espérons que la réussite du projet fournira aux villageois un modèle pour améliorer leur production qu’elle soit destinée à la consommation sur place ou à la vente sur les marchés de Baiwu ou de Yanyuan.

 

 

 

Depuis l’été 2000 nous avons été les témoins de changements à Yangjuan. Beaucoup de villageois sont allés travailler dans de grandes villes chinoises (Chengdu, Shanghai, Pékin, Shenzhen) et même au delà des frontière de l’empire du milieu. Cela ne veut pas dire pour autant que l’abandon de Yangjuan est inéluctabe à court terme. Y rendre la vie plus agréable par un accès facilité à une eau de meilleure qualité pourrait ralentir le processus et en tout cas rendre le fardeau des « grands parents » en charge provisoirement des petits enfants et des travaux de la ferme, plus léger.

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