Bear and beer

Bear and beer

      Nous sommes à 2700 mètres d’altidute sur le plateau de Liang Shan : « Les montagnes fraîches ». il est midi passé, il fait très chaud et le soleil « mord les gens» comme disent les Chinois. Nous avons travaillé tout le matin à la pose des tuyaux qui vont enfin amener l’eau à une trentaine de maisons. Vous avez l’internet à haut débit ?

Plus jamais ça!

Ici dans la 4ème et 5ème brigade de Yangjuan il y aura bientôt 7 robinets à usage commun pour la plus grande joie de tous ceux et de toutes celles qui font la corvée d’eau. Il fait très chaud, mais dans l’ombre des maisons en pisé on est très bien. Alors tout naturellement on m’invite à entrer, à faire une pause. Ce n’est pas tout à fait la pause-déjeuner. Ici dans le régime traditionnel, le repas de midi est réduit à sa plus simple expression. Mais on vient de faire la fête, la fête des Flambeaux. Chaque maisonnée a tué un cochon, un mouton ou au moins quelques volailles. Alors on s’assied, les femmes apportent une marmitte de riz et les restes de viande.      On a fait la fête ces jours derniers et ce serait bien le diable s’il ne restait pas quelques bouteilles de bière. Peut-être même quelques caisses. Voilà, le miracle se produit, chacun sa bouteille et, ma foi, le courage vous revient !beer

       Dans la maison en pisé décoration et ameublement sont réduits au minimum. Un portrait du Grand Timonier, un placard de rangement, quelques tabourets et ici dans celle du chef de brigade un poste de télévision en couleurs. On n’a pas encore l’eau courante mais on a la télévision par satellite. Collectifs ou individuels, les disques sont présents partout dans le paysage chinois et ils captent très bien et uniquement les canaux nationaux.interieur avec mao

      Nous mangeons en devisant pendant que le petit écran débite son flot d’images et de musiques. De temps en temps, comme rien de ce qu’il propose ne retient vraiment l’attention quelqu’un change de chaîne. La conversation continue nonchalamment. Puis quelqu’un risque une opinion : cette télé ne propose rien qui vaille en tout cas rien en rapport avec notre vie ici. Je ne puis qu’acquiescer. Avec plus ou moins 1000 dollars US de revenus annuels pour la plupart des familles, les cures d’amaigrissement proposées par la pub sont superfétatoires dans le milieu ! à vrai dire je suis le seul à me sentir embarrassé… et concerné. Tout d’un coup nous tombons enfin sur un programme différent : « Histoire d’un ours ».

            C’est un film français qui raconte comment une ourse pyrénéenne berne deux chasseurs et se sauve tout en protégeant son ourson.

      La conversation s’est arrêtée. Tout le monde est immédiatement captivé. L’ourse qui, -sauve qui peut !-, arrache son ourson aux griffes des chasseurs, c’est une histoire qui vous prend aux tripes !

 Il y a trente ou quarante ans Yangjuan était entouré de forêts. Puis la Chine a eu besoin de ces matières premières pour son développement et à Yangjuan comme ailleurs on a déboisé, exploité à mort la forêt qui protégeait si bien les ours des griffes des chasseurs.

Il y a quarante ans on voyait encore des ours dans les forêts derrière Yangjuan. Les gens de mon âge me l’on dit. Et ce n’était pas des histoires pour leur faire peur quand ils étaient petits. Derrière Yangjuan reste le plateau, déboisé, raviné.

plateau

Au plus chaud du jour, dans la maison en pisé, beer and bear, c’est bon ; mais l’ours, on ne le voit plus qu’à la télé.

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