La jeune fileuse

2 janvier 2008

Vous la voyez? adossée contre le vieillard chenu. Elle file gracieusement, diligemment, file nos jours. Je vous les souhaite un après l’autre heureux

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La vieille pendule a été achetée par la mère de mon arrière grand père maternel (que j’ai connu). Cet arrière grand-père Henri était né en 1875

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Souvenirs des montagnes fraîches 3

5 décembre 2007

 

Oui, l’été 2007 nous a vus de retour à Yangjuan羊圈 . Depuis l’inauguration de l’école

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(septembre 2000) pour la septième année des volontaires de Chengdu (Sichuan), de Taiwan, de France et des Etats-Unis se retrouvaient dans le village. Les mois qui ont précédé le départ ont été quelque peu agités en raison des changements dans la préparation des projets. Mais finalement tout s’est très bien passé.

 

 

 

Depuis que nous avons entrepris à Yangjuan des projets de développement local nous avons eu le soutien de «Hydraulique sans frontières». Grâce à eux nous avons pu creuser un puits communal en 2004.

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En 2005 nous avons capté l’eau d’un ruisseau en amont du village pour alimenter une vingtaine de maisons en contrebas. Patrick, l’ingénieur de ces deux projets n’était pas disponible en juillet dernier. C’est pour cette raison que nous avons commencé à chercher un volontaire aborigène de Taiwan pour diriger le travail. Et la suite nous prouva que c’était le bon choix. Wumah, de son nom Atayal, a dirigé avec les habitants de la « 6ème brigade » le captage d’une source qui procure de l’eau à une trentaine de feux en contrebas.

Ce projet m’a donné beaucoup de soucis. Depuis la source jusqu’au réservoir à bâtir en-dessus du village il me semblait qu’on ne pourrait pas enterrer le tuyau sur la plus grande partie de sa longueur. Or c’était souhaitable car il gèle la nuit en hiver. En théorie cette impossibilité exigeait l’emploi de matériaux plus onéreux pour une conduite aérienne. On ne trouvait pas le matériel idéal à Xichang西昌

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et si on l’avait trouvé, sa pose aurait nécessité l’emploi de l’électricité : autre problème ! Finalement nous avons dû nous contenter du matériel disponible au plus près de Yangjuan, à Yanyuan鹽源. L’expérience de Wumah s’est révélée précieuse car il a tout de suite compris la nature du terrain et en une matinée de travail la source était déjà captée.

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Ce n’était qu’un début car il fallu enterrer un kilomètre et demi de tuyau ou le suspendre le long de la falaise surplombant les maisons sur les dernières longueurs avant le réservoir. La construction du réservoir a encore pris deux ou trois jours. Les derniers temps du séjour furent occupés à tirer les tuyaux du réservoir jusqu’aux maisons et à installer les robinets. Pour célébrer la fin du chantier nous nous sommes tous retrouvés à l’invitation des habitants qui avaient participé aux travaux pour une soirée « cochon et bière ».

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Tué et cuit sous nos yeux, il ne convenait pas que le pauvre animal fût accompagné même de l’eau la plus pure des montagnes.

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Wumah a donné tous les conseil utiles à la maintenance du réseau et avant notre départ les habitants avaient choisi un responsable de l’entretien.

 

 

 

 

Notre deuxième projet était la construction deux serres pour la culture de légumes. Pour sa réalisation nous avons bénéficié de l’aide du département d’Agriculture de l’Université Scientifique de Pingdong. Son Président a été très diligent pour nous présenter un professeur qui nous as proposé deux étudiants tout à fait capables de diriger la construction et de donner aux gens les conseils appropriés.

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Aptes à délivrer les conseils techniques nécessaires, ils se sont aussi adaptés sans difficulté aux conditions du milieu et ont parfaitement communiqué avec les gens.

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Les « projets hydrauliques » ont germé lors de nos premiers séjours à Yangjuan. Deux infirmières à la suite d’une enquête sanitaire se sont rendu compte rapidement que la qualité de l’eau devait être améliorée. Presque toute l’eau consommée provient de la rivière souillée inévitablement par les excréments des animaux (chevaux, moutons et chèvres, cochons, etc.).

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Bien sûr les gens disent que dans leur village il n’y a pas de maladie induite par l’eau. Et c’est d’une certaine manière vrai vu ce qu’est la situation dans d’autres endroits de Liangshan (les « Montagnes Fraîches »). De toute façon pour améliorer l’hygiène, rendre l’eau accessible et potable est indispensable. Le puits creusé pendant l’été 2004 a certainement facilité la vie des gens. L’été dernier encore on me disait que les gens aimaient bien aller se servir à ce puits d’eau potable. Ce projet n’a pas été une réussite parfaite. En automne et en hiver le puits est à sec ! Pourtant le projet a donné le bon exemple car par la suite au moins deux familles ont creusé des puits dans la cour de leur maison.

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Nous savons maintenant que l’été n’est pas la période idéale pour creuser un puits. C’est la saison des pluies, la nappe phréatique est haute et baisse ensuite jusqu’au mois de mars. Une initiative timide des habitants de la « 3ème brigade » (le hameau dit de « Bianshui »), l’année suivante nous a conduits à changer notre fusil d’épaule. Nous étions partis pour creuser un autre puits communal. Ils nous proposèrent de construire en échange un bassin à l’endroit où le ruisseau qui les alimente traverse le chemin. Cette solution allégeait en quelque sorte leur corvée d’eau mais n’en améliorait pas du tout la qualité. Nous avons remonté avec eux le ruisseau et isntallé le réservoir bien en amont. Ainsi captée et stockée, l’eau du ruisseau s’écoule dans un tuyau enterré jusqu’aux maisons. Ce mini réseau de distribution était en fait très simple et réalisé avec des matériaux bon marché. J’ai été très surpris l’année suivante de voir que le réseau avait été bien entretenu et même légèrement amélioré. En fait ce qui s’est passé en 2004 à Bianshui a été très encourageant et a manifesté le désir des gens de prendre une part plus active dans l’amélioration de leurs conditions de vie.

 

 

Rien d’étonnant alors que tout à la fin de notre séjour en 2005 les habitants de la 6ème

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soient venus me trouver pour voir si on pourrait faire la même chose pour eux. Je suis allé voir la source qu’ils pensaient capter. Mais comme le technicien de « Hydaulique sans Frontières », Patrick était déjà parti, je ne pouvais pas me prononcer sur la faisabilité du projet. L’été 2006 à été un été de jachère pour les projets hydrauliques. Patrick qui était pressenti pour revenir aider étant donné sa connaissance du terrain, était retenu alors pour un autre projet à Haïti. Je suis quand même retourné à la source pour imprimer dans mon esprit une image plus précise du site.

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En Mars, à l’occasion d’un court séjour à Nankin, je suis retourné à Yangjuan. Je n’avais pas beaucoup de temps – l’aller retour-depuis Chengdu fut un veritable marathon – avec des obstacles. Mon but était de tester la volonté des villageois sur ce projet : je savais que nous aurions besoin de beaucoup de main d’oeuvre or l’été ils sont très occupés dans les champs.

 

 

 

La réalisation de l’été 2007 a été un succès d’abord en raison de l’excellente participation des bénéficiares de ce travail. Tout a commencé avec une réunion dans un des bureaux de l’école.

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Le chef du village était là, et mon vieil ami le secrétaire du Parti également (un des bénéficiaires du projet d’adduction d’eau de 2005). Bien sûr le directeur de l’école, autre notable incontournable, assistait à la réunion. C’est d’ailleurs parce qu’il y a cette école dans laquelle nous logeons que ces projets sont possibles. L’ « élection » par les villageois d’un responsable de la maintenance a été aussi le signe que nous ne sommes pas attendus pour réparer les fuites éventuelles.

 

 

Est ce qu’on a davantage le souci de la qualité de l’eau à Yangjuan mainenant ? En juillet dernier j’ai reçu deux demandes. L’une venait des villageois de la 5ème brigade située en dessous de l’école, pas si éloignée de la rivière. Ils demandaient aussi à creuser un puits communal. L’autre émanait du directeur de l’école. En hiver le fond du puits qui alimente l’école est rempli d’un dépôt boueux et blanchâtre. Pendant cette période des basses eaux, le tuyau de la pompe qui monte l’eau dans la citerne est directement placé dans le lit de la rivière. A mon avis ce puits a certainement besoin d’étre curé et éventuellement creusé plus profond de quelques mètres. Mais mon avis n’est pas celui d’un spécialiste.

 

 

 

Il est plus difficile de faire une évaluation du deuxième projet, celui de la construction des deux serres. En trois semaines nous avons eu juste le temps de voir germer quelques semis ! Il n’a pas été possible de trouver pour ces deux structures un terrain communal. Le « propriètaire » du terrain qui accuille ces deux structures s’est très bien entendu avec les deux étudiants taiwanais ce qui laisse présager de développements fructueux. J’ai pu savoir au début du mois d’octobre que tout se passait bien. Espérons que la réussite du projet fournira aux villageois un modèle pour améliorer leur production qu’elle soit destinée à la consommation sur place ou à la vente sur les marchés de Baiwu ou de Yanyuan.

 

 

 

Depuis l’été 2000 nous avons été les témoins de changements à Yangjuan. Beaucoup de villageois sont allés travailler dans de grandes villes chinoises (Chengdu, Shanghai, Pékin, Shenzhen) et même au delà des frontière de l’empire du milieu. Cela ne veut pas dire pour autant que l’abandon de Yangjuan est inéluctabe à court terme. Y rendre la vie plus agréable par un accès facilité à une eau de meilleure qualité pourrait ralentir le processus et en tout cas rendre le fardeau des « grands parents » en charge provisoirement des petits enfants et des travaux de la ferme, plus léger.

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L’Enclos à moutons, le vrai.

29 novembre 2007

L’enclos à moutons, le vrai.

Il nous est arrivé ici après le Beaujoulais nouveau, tout droit de Paris. Nous avions déjà une version Chinoise en caractères traditionnels : 從羊圈小村到地球村,un numéro spécial de Renlai, sorti en janvier 2005. Il y aura bientôt une édition en caractères simplifiés. Maintenant publié aux Indes Savantes, voici L’Enclos à moutons, un village nuosu au sud-ouest de la Chine, 240 pages, par Benoît Vermander. La moindre des choses était de signaler cette publication dans un blog qui en partage le titre ! Mieux que « tout ce que vous voulez savoir sur Yangjuan sans oser le demander », le livre rapporte les voix des villageois nuosu, que l’on appelait jadis les « Lolos noirs ». Voix de paysans d’une minorité ethnique dans un « enclos » qui se transforme et s’ouvre aux espaces de la Chine et d’au-delà de ses frontières.

Vous voulez vous faire un cadeau ?

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Souvenirs des Montagnes Fraîches 2

15 novembre 2007

La coupe de cheveux
Nous avons tous nos habitudes. Je change rarement de coiffeur. Chaque été quand je me dirige vers l’enclos à moutons je profite de la journée ou de la demi journée d’attente à Chengdu pour rendre visite à cet artisan. Ces trois dernières années j’ai fréquenté un salon à deux pas de chez l’ami qui m’héberge. Trois fois, c’est déjà une habitude. Bonjour ! Ah ça fait longtemps, un an déjà ! Le gamin traverse la pièce, oh il a grandi celui-là. En quelle classe es-tu ? En Chine on demande rarement l’âge d’un enfant. La question qui vient à la place c’est « en quelle année, en quelle classe es-tu ? ». Les redoublants n’ont pas l’impression de vieillir, mais à cet âge, me direz-vous, on ne fait que grandir.

Le prix d’une coupe de cheveux à Chengdu c’est comme celui des alumettes. Ça ne change pas. Il est vrai qu’à mon âge, chaque année je donne moins de travail à l’artisan. Pour quatre ou cinq piastres, pardon, yuan, j’ai droit à une coupe , un shampoing qui se termine avec un massage de la nuque et de l’occiput et enfin pour le client habituel que je suis devenu la taille de la barbe est comprise dans le prix. J’en ressors tout rafraîchi. Cinq yuan ça fait moins d’un demi euro. Ça fait rêver ?

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Je ne suis pas coiffeur mais l’occasion peut faire le larron. Ce n’était pas pour gagner un demi euro que j’ai manié les ciseaux. Cet été là, après un examen approfondi, les deux infirmières venues faire une enquête sanitaire dans l’école, décrétèrent que le meilleur moyen de venir à bout de la colonie de lentes et de poux de ce petit garçon, c’était encore de me le confier. C’est ainsi que je devins le « barbier de Yangjuan ». Et lui, comme un agneau, il n‘ouvrait pas la bouche !

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En août dernier, avant de redescendre des Montagnes Fraîches et de quitter l’enclos à moutons je montre à Bertrand le travail que nous avons fait l’été 2005: adduction d’eau jusqu’aux maisons du quartier « Bianshui » de Yangjuan. A côté du réservoir, je tombe sur mon ancienne victime, nous faisons un brin de causette, je lui demande s’il se souvient que je lui ai fait jadis une tête de bonze, bien sûr! Depuis trois ou quatre ans il a grandi ce petit et je lui demande, maintenant, en quelle classe es-tu ?

grandi

1 septembre 2007

Souvenirs des Montagnes Fraîches 1

 

Dans l’ « enclos à moutons » il y a une école et dans la cour de l’école un magnifique noyer ; certains disent, bicentenaire. Ombre fraîche, fruits en son temps : on est bien auprès de cet arbre.

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Les Philippins croient qu’il y a un esprit dans chaque arbre. L’esprit du noyer de l’école est un esprit tutélaire, gardien de la cour de récréation. Il se prête aussi volontiers aux jeux des enfants.

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Le noyer est le lieu d’un rituel vespéral et matinal.Chaque soir après le coucher du soleil, quand il fait encore jour, des volées de moineaux se donnent rendez-vous sous sa ramée. Le noyer devient alors dortoir. Avant que les dernières lueurs ne rougissent l’horizon nos moineaux donnent un concert.

Concert de moineaux, je sais, vous préférez la virtuosité du rossignol. Mais cette liturgie célèbre à sa façon un jour d’été qui s’achève, le foisonnement de la vie diurne avant les bruissements plus intimes de la nuit.

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Nianniang qui est la gardienne de l’école et qui partage le voisinage du noyer m’a raconté une histoire triste. Une nuit d’orage, il grêla. Le lendemain matin en allant ouvrir les portes, sous le noyer, parmi les feuilles brisées elle trouva beaucoup de moineaux morts, seuls quelques rescapés boitillaient, trempés et transis.sparrow.jpg

« Je suis l’arbre et je suis très seul, à chaque fois qu’il pleut je pleure. » (Orhan Pamuk Mon nom est Rouge) ce matin-là notre noyer pleura des larmes de sang.

Pélerinage à Tainan

27 août 2007


Pélerinage à Tainan

Non que la Vierge y fût apparue. C’est un pélerinage aux sources en quelque sorte. Pour diverses raisons je me rends de temps en temps dans cette ville où j’ai passé 5 de mes premiers printemps Taiwanais. Pélerinages pourraient s’y faire car c’est la ville de Taiwan qui compte le plus de temples, comme si tous les dieux du panthéon Chinois avaient établi leur villégiature dans cette localité méridionale, où se trouvent les reliques de la première vague importante de l’immigration Chinoise. Reliques aussi d’une occupation hollandaise qui n’a pas duré longtemps.

dcp7486.jpgLa porte étroite. À peine remarquable face au temple de Confucius, une enseigne porte ces deux caractères 窄門. Allusion au roman de Gide ou à l’évangile de Saint Luc? je ne sais. En fait la porte est comme toute les portes. Mais la voie d’accès au restaurant qui ainsi nommé est un passage extrêment étroit entre deux maisons. Un passage qui ne mérite même pas le nom de venelle. Il y a quinze ans je m’y suis rendu une ou deux fois. Je pense que je m’y glisserais encore, mais je n’avais pas faim quand nous sommes passés devant dimanche dernier.

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Tainan ce sont les temples de tous les dieux et c’est déjà le paradis des gourmands. Tous les « snacks » taiwanais s’y trouvent. Diversité culturelle commence par diversité culinaire.Il est difficile de rendre le terme Chinois 點心 en Français. Notre « dessert » français est sucré par définition. Ici, sans vergogne on peut s’attabler à toute heure du jour et de la nuit pour apaiser une petite faim avec du salé ou du sucré. Pas de parcours obligé dans mon pélerinage, mais je recommande fermement ces « jowyuan »肉圓 ou en taiwanais « bawan ».

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Ce fut mon plat principal. Tout près se trouve un autre établissement qui vend des fruits et des « glaces à la chinoise ». Pour l’ami tainanais qui m’accompagnait c’est un arrêt presque obligé dans notre parcours : c’est dans ce « salon de fruits » que ses parents se sont rencontrés pour la première fois ! Pélerinage aux sources disais-je. Nous nous y sommes régalés d’un lait à la papaye.

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Je ne sais si les péchés de gourmandise sont pris en compte, mais à l’intérieur du temple de la cité (城隍廟) un gigantesque boulier vous rappelle qu’il y a une comptabilité quelque part pour vos bonnes et mauvaises actions. On vous aura prévenus!

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Dans la ville de tous les temples il se peut que le pélerin fatigué se perde dans les ruelles et ne sache plus finalement à quel saint se vouer, heureusement une boutique de mode lui

proposera une voie de salut!600truereligion.jpg

 

Powerpoint qui pleure et Powerpoint qui rit

13 juin 2007

Powerpoint qui pleure et Powerpoint qui rit

Il faut vous dire qu’à Taiwan c’est l’usage pour toute réunion de faire un Powerpoint. Un exposé bien comme il faut se doit d’être accompagné du matériel qui va permettre de projeter sur le mur de la salle ou sur un écran le plan de votre laïus. Cela va donner crédibilité à votre développement, vous apparaîtrez comme un conférencier moderne qui sait manipuler un ordinateur et un rétroprojecteur sans s’embrouiller dans les fils. Je considèrerais plutôt ce conférencier comme un aventurier étant donné que j’ai souvent constaté à mes dépens que « l’ordinateur n’est pas une science exacte » comme aime le dire un de mes amis. Bref, le « Powerpoint » vous permet d’illustrer votre argumentation, de mettre en valeur les titres et les articulations de votre démonstration. J’aime me souvenir de cette histoire que nous contait notre professeur de classe de 1ère. Sur les papiers oubliés de la conférence que John Steinbeck venait de délivrer on remarqua ces mots écrits dans la marge : « ici crier et frapper sur la table pour masquer la faiblesse de l’argumentation » ! Ancêtre du « Powerpoint » ?

Samedi dernier la journée commence par un enterrement. Avant la messe des funérailles dans l’église qui n’en finissait pas de se remplir, une projection en boucle fait défiler photos du défunt à différentes étapes de sa vie de jeune homme, jeune marié, grand-père, etc. Le degré zéro du Powerpoint en somme. La journée finit le soir par un banquet de mariage dans un restaurant de la capitale. Une animatrice « chauffe » gentiment la salle avec un commentaire agréable qui accompagne d’abord l’entrée du couple d’enfants qui annonce les mariés. Une salve de pétards et enfin les mariés. Applaudissements, ils s’installent, le banquet peut enfin commencer. On apporte les plats un par un et au milieu de la série, nous sommes invités à faire une pause, à délaisser provisoirement nos assiettes pour un regarder un Powerpoint projeté sur grand écran. Un vrai Powerpoint avec des photos qui arrivent sur l’écran accompagnées de sons, de légendes. Nous avons les mariés en barboteuse, les photos de classe, les photos de leurs sorties quand ils « sortaient ensemble », etc. Bref l’album de famille, que dis-je, de deux familles. Vissés sur nos chaises nous regardons. Il n’y a pas moyen d’y échapper. Mon voisin de table me glisse à l’oreille qu’il n’aime pas ces incursions dans l’intimité des gens. J’acquiesce mollement et rétorque qu’à la place du Powerpoint un trou normand serait aussi bienvenu! Une seule photo. Suffisamment floue pour préserver l’intimité, mais comme vous pourrez le voir, la mariée était en blanc !

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Violence

9 mai 2007

Violence

Je pourrais titrer aussi « au marché de Brive la Gaillarde ». Si vous connaissez la chanson de Brassens vous comprendrez pourquoi. Hier, mardi 8, en fin de matinée, je prends tranquillement un café. Le poste de télé est allumé. Nouvelles nationales. On ne compte plus ici le nombre de chaînes de nouvelles. Il nous faut du sensationnel. Mais le spectacle ne l’est plus. Les Taiwanais y sont habitués : une bagarre à l’Assemblée Nationale. Non pas une bagarre verbale où on se traite de paltoquet, de turlupin de la politique, non une vraie. Comme sur la cour de récré quand l’instit avait le dos tourné. La Guerre des Boutons en quelques sorte par des gens qui font les lois du pays. A regarder comme ça en sirotant mon jus, je pense tout de suite à Astérix et Obélix. Non pas une bagarre contre les Romains. Une bagarre entre Gaulois, le genre de tabassées qui établissent des liens solides dans une fratrie, quoi. Vous voyez ce que je veux dire. Une élue s’en tire avec une balaffre sur le bras, pour le reste, c’est la mêlée, j’imagine qu’à la fin de la récré il devait y avoir des bleus. Violence. C’est triste et rigolo. Mais c’est triste quand même. Au moment où je regardais ça j’avais en mémoire un chiffre recueilli sur l’internet : d’après la Direction Générale de la Police 730 voitures ont été brûlées dimanche soir et dans la nuit en France. J’ai fait le calcul. Si proportionnellement à la population la même flambée de violence avait sévit dans mon île et s’était portée sur d’innocents véhicules automobiles, il y aurait eut 263 bagnoles calcinées. Je pense qu’aucun Taiwanais n’aurait supporté le spectacle. Douce France, 365 véhicules ont encore été incendiés dans la nuit de lundi à mardi. On a certainement brûlé davantage de voitures en France depuis un an et demie qu’il y a de moutons dans mon enclos ! Et pour le prix d’une tire, d’une chignole d’occase je pourrais largement amener l’eau jusqu’aux maisons d’en haut. C’est mon projet de l’été, ma contribution à l’aménagement du territoire de l’enclos.

Aujourd’hui pas de photo. Vous imaginerez votre Rosengard qui crame, parquée sur le boulevard. Mais si vous y tenez, cliquez sur le lien. Vous n’aurez pas le poids des mots, c’est du Chinois, juste le choc de la mêlée.

http://udn.com/NEWS/NATIONAL/NAT1/3837457.shtml

Bear and beer

3 mai 2007

Bear and beer

      Nous sommes à 2700 mètres d’altidute sur le plateau de Liang Shan : « Les montagnes fraîches ». il est midi passé, il fait très chaud et le soleil « mord les gens» comme disent les Chinois. Nous avons travaillé tout le matin à la pose des tuyaux qui vont enfin amener l’eau à une trentaine de maisons. Vous avez l’internet à haut débit ?

Plus jamais ça!

Ici dans la 4ème et 5ème brigade de Yangjuan il y aura bientôt 7 robinets à usage commun pour la plus grande joie de tous ceux et de toutes celles qui font la corvée d’eau. Il fait très chaud, mais dans l’ombre des maisons en pisé on est très bien. Alors tout naturellement on m’invite à entrer, à faire une pause. Ce n’est pas tout à fait la pause-déjeuner. Ici dans le régime traditionnel, le repas de midi est réduit à sa plus simple expression. Mais on vient de faire la fête, la fête des Flambeaux. Chaque maisonnée a tué un cochon, un mouton ou au moins quelques volailles. Alors on s’assied, les femmes apportent une marmitte de riz et les restes de viande.      On a fait la fête ces jours derniers et ce serait bien le diable s’il ne restait pas quelques bouteilles de bière. Peut-être même quelques caisses. Voilà, le miracle se produit, chacun sa bouteille et, ma foi, le courage vous revient !beer

       Dans la maison en pisé décoration et ameublement sont réduits au minimum. Un portrait du Grand Timonier, un placard de rangement, quelques tabourets et ici dans celle du chef de brigade un poste de télévision en couleurs. On n’a pas encore l’eau courante mais on a la télévision par satellite. Collectifs ou individuels, les disques sont présents partout dans le paysage chinois et ils captent très bien et uniquement les canaux nationaux.interieur avec mao

      Nous mangeons en devisant pendant que le petit écran débite son flot d’images et de musiques. De temps en temps, comme rien de ce qu’il propose ne retient vraiment l’attention quelqu’un change de chaîne. La conversation continue nonchalamment. Puis quelqu’un risque une opinion : cette télé ne propose rien qui vaille en tout cas rien en rapport avec notre vie ici. Je ne puis qu’acquiescer. Avec plus ou moins 1000 dollars US de revenus annuels pour la plupart des familles, les cures d’amaigrissement proposées par la pub sont superfétatoires dans le milieu ! à vrai dire je suis le seul à me sentir embarrassé… et concerné. Tout d’un coup nous tombons enfin sur un programme différent : « Histoire d’un ours ».

            C’est un film français qui raconte comment une ourse pyrénéenne berne deux chasseurs et se sauve tout en protégeant son ourson.

      La conversation s’est arrêtée. Tout le monde est immédiatement captivé. L’ourse qui, -sauve qui peut !-, arrache son ourson aux griffes des chasseurs, c’est une histoire qui vous prend aux tripes !

 Il y a trente ou quarante ans Yangjuan était entouré de forêts. Puis la Chine a eu besoin de ces matières premières pour son développement et à Yangjuan comme ailleurs on a déboisé, exploité à mort la forêt qui protégeait si bien les ours des griffes des chasseurs.

Il y a quarante ans on voyait encore des ours dans les forêts derrière Yangjuan. Les gens de mon âge me l’on dit. Et ce n’était pas des histoires pour leur faire peur quand ils étaient petits. Derrière Yangjuan reste le plateau, déboisé, raviné.

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Au plus chaud du jour, dans la maison en pisé, beer and bear, c’est bon ; mais l’ours, on ne le voit plus qu’à la télé.

Histoires d’eau

4 janvier 2007

L’eau chaude était peut-être lente à venir ce matin sous la douche, mais elle est venue et il y en avait. On me racontait récemment qu’une chinoise en voyage ou en séjour d’études en France n’avait jamais pu se faire à l’idée qu’on pouvait boire l’eau « du robinet ». Fidèle à une habitude ancrée chez la plupart de ses congénères, elle faisait toujours bouillir son eau avant de la boire. La nouvelle de ce matin c’est que que le premier puits communal si on peut dire de l’enclos à moutons,Yangjuan, creusé en 2004 donne de l’eau en ce moment. Après l’avoir creusé, mis en service, tué un mouton mangé avec la troupe des puisatiers, au bout d’à peine un mois, le puits s’est asséché. Voilà. Nous n’avions pas creusé assez profond, de toute façon la saison sèche arrivait, les chutes de neige de l’hiver précédent sur les contreforts himmalayens avaient été insuffisantes pour alimenter nappes et cours d’eau. Bref nous avons dû reconnaître ce demi-échec.

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De retour à Yangjuan en 2005 nous voulons creuser d’autres puits. Car les puits donnent une eau pure, il n’y a même pas besoin de la faire bouillir. Il paraît que pour la faire bouillir à 100 degrès à 2500 m, l’altitude de Yangjuan, il faut mettre beaucoup de cailloux sur le couvercle de la marmite. Nous voulons creuser d’autres puits mais voilà les gens ne veulent pas. On les comprend : il faut peiner, descendre dans la boue, remonter beaucoup de cailloux et un mois après c’est à sec. Alors nous n’avons pas creusé de puits mais nous avons capté l’eau d’un ruisseau au dessus d’un hameau de maisons et installé à proximité des maisons des robinets. A Yangjuan il n’y a pas l’internet mais il y a 7 robinets. Voilà, cet hiver, en pleine « saison sèche », le puits donne et les robinets coulent. Première heureuse nouvelle de l’année 2007 parvenue de l’ « enclos à moutons» . Cela vous intéresse l’eau en Chine ? allez voir : il y a des photos, des chiffres, un article.http://www.erenlai.com/index.php?aid=304&lan=3

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